[article]
| Titre : |
Dossier : Comprendre Alzheimer, un défi pour les chercheurs |
| Type de document : |
Article |
| Année de publication : |
2019 |
| Langues : |
Français (fre) |
| Note de contenu : |
Alzheimer, un défi pour les chercheurs
"Mes pensées sont des papillons." Eveleen Valadon, une femme âgée de 80 ans, diagnostiquée Alzheimer depuis quatre ans, a ainsi témoigné de son quotidien dans ce livre paru en 2017. Elle a tenté de faire comprendre de l'intérieur la fragilité et l'hypersensibilité qui submergent un malade quand il a le sentiment d'être ici sans être là, quand il n'est jamais sûr de vivre dans le réel. Elle se révoltait pour que l'on cesse de considérer les malades d'Alzheimer comme « des gens un peu débiles, complètement fous ou retombés en enfance ». « Pour le médecin, le sujet dément n'est en aucun cas un sujet qui déraisonne ou qui est devenu "fou". C'est la perte d'autonomie de la personne qui définit la démence en médecine », souligne, dans un ouvrage récent, le neurologue Bruno Dubois, directeur de l'Institut de la mémoire et de la maladie d'Alzheimer, à la Pitié-Salpêtrière, à Paris. Au cours de l'entretien qu'il nous a accordé, il précise les symptômes et les caractéristiques biologiques de la maladie. Le praticien explique également sur quoi repose le diagnostic. Alzheimer est une pathologie complexe, multifactorielle, où se combinent des facteurs génétiques et environnementaux. Selon lui, la solution thérapeutique passera par des essais les plus précoces possible, et même avant les symptômes. Mais comment savoir si une personne développera la maladie ? Comment relever ce défi ? Les médecins se tournent vers les recherches en informatique. Olivier Colliot, coresponsable de l'équipe Aramis, au sein de l'Institut du cerveau et de la moelle épinière, à Paris, met au point des algorithmes prédictifs. « Pour le moment, nous ne sommes pas au maximum de performance, car les études incluent entre 500 et 1 000 patients seulement, ce qui n'est pas suffisant [pour entraîner les algorithmes]. » Mais cela peut vite progresser : la collecte des données médicales s'organise et s'intensifie.
Sur le plan biologique, le mécanisme de la progression de la maladie est de mieux en mieux connu. Deux protéines anormales, délétères - la protéine tau et le peptide bêta-amyloïde - s'accumulent et déstabilisent le fonctionnement des neurones. Les deux phénomènes se rencontrent : les plaques amyloïdes provoquent la propagation des dégénérescences neurofibrillaires dues à la protéine tau. Ils démarrent dans une zone du cortex proche de l'hippocampe, puis s'étendent à d'autres régions corticales. Si le scénario de la maladie se dessine, il n'existe toujours aucun moyen de le stopper. Les malades ne disposent pas de traitements efficaces pour arrêter ou réduire les troubles cognitifs. Ils ont été régulièrement douchés par les résultats négatifs d'études qui laissaient espérer l'arrivée prochaine de médicaments. La complexité de la maladie défie encore la communauté scientifique et médicale.
Pourtant, des recherches importantes ont été réalisées au cours de ces dernières années. Les principales mutations génétiques responsables des formes familiales ont été identifiées. Les généticiens ont caractérisé une cinquantaine des variants génétiques susceptibles de conduire à la maladie. Une vingtaine de plus devraient être déterminés d'ici la fin de l'année. En parallèle, les biologistes décortiquent de mieux en mieux les mécanismes moléculaires dans les neurones. De nouvelles pistes s'ouvrent. Les travaux sont si foisonnants que le dossier que nous vous proposons est loin d'être exhaustif.
1. « Il faut une prise en charge avant les symptômes » : entretien avec Bruno Dubois, professeur de Neurologie
2. Une lente dégénérescence
3. Attaque sur tous les fronts : Mieux comprendre la protéine Tau ; Rechercher les variants génétiques ; Protéger les neurones ; Moduler les réponses immunitaires ; Améliorer les modèles animaux... |
in Recherche (La) > 552 [01/10/2019]
[article] Dossier : Comprendre Alzheimer, un défi pour les chercheurs [Article] . - 2019. Langues : Français ( fre) in Recherche (La) > 552 [01/10/2019]
| Note de contenu : |
Alzheimer, un défi pour les chercheurs
"Mes pensées sont des papillons." Eveleen Valadon, une femme âgée de 80 ans, diagnostiquée Alzheimer depuis quatre ans, a ainsi témoigné de son quotidien dans ce livre paru en 2017. Elle a tenté de faire comprendre de l'intérieur la fragilité et l'hypersensibilité qui submergent un malade quand il a le sentiment d'être ici sans être là, quand il n'est jamais sûr de vivre dans le réel. Elle se révoltait pour que l'on cesse de considérer les malades d'Alzheimer comme « des gens un peu débiles, complètement fous ou retombés en enfance ». « Pour le médecin, le sujet dément n'est en aucun cas un sujet qui déraisonne ou qui est devenu "fou". C'est la perte d'autonomie de la personne qui définit la démence en médecine », souligne, dans un ouvrage récent, le neurologue Bruno Dubois, directeur de l'Institut de la mémoire et de la maladie d'Alzheimer, à la Pitié-Salpêtrière, à Paris. Au cours de l'entretien qu'il nous a accordé, il précise les symptômes et les caractéristiques biologiques de la maladie. Le praticien explique également sur quoi repose le diagnostic. Alzheimer est une pathologie complexe, multifactorielle, où se combinent des facteurs génétiques et environnementaux. Selon lui, la solution thérapeutique passera par des essais les plus précoces possible, et même avant les symptômes. Mais comment savoir si une personne développera la maladie ? Comment relever ce défi ? Les médecins se tournent vers les recherches en informatique. Olivier Colliot, coresponsable de l'équipe Aramis, au sein de l'Institut du cerveau et de la moelle épinière, à Paris, met au point des algorithmes prédictifs. « Pour le moment, nous ne sommes pas au maximum de performance, car les études incluent entre 500 et 1 000 patients seulement, ce qui n'est pas suffisant [pour entraîner les algorithmes]. » Mais cela peut vite progresser : la collecte des données médicales s'organise et s'intensifie.
Sur le plan biologique, le mécanisme de la progression de la maladie est de mieux en mieux connu. Deux protéines anormales, délétères - la protéine tau et le peptide bêta-amyloïde - s'accumulent et déstabilisent le fonctionnement des neurones. Les deux phénomènes se rencontrent : les plaques amyloïdes provoquent la propagation des dégénérescences neurofibrillaires dues à la protéine tau. Ils démarrent dans une zone du cortex proche de l'hippocampe, puis s'étendent à d'autres régions corticales. Si le scénario de la maladie se dessine, il n'existe toujours aucun moyen de le stopper. Les malades ne disposent pas de traitements efficaces pour arrêter ou réduire les troubles cognitifs. Ils ont été régulièrement douchés par les résultats négatifs d'études qui laissaient espérer l'arrivée prochaine de médicaments. La complexité de la maladie défie encore la communauté scientifique et médicale.
Pourtant, des recherches importantes ont été réalisées au cours de ces dernières années. Les principales mutations génétiques responsables des formes familiales ont été identifiées. Les généticiens ont caractérisé une cinquantaine des variants génétiques susceptibles de conduire à la maladie. Une vingtaine de plus devraient être déterminés d'ici la fin de l'année. En parallèle, les biologistes décortiquent de mieux en mieux les mécanismes moléculaires dans les neurones. De nouvelles pistes s'ouvrent. Les travaux sont si foisonnants que le dossier que nous vous proposons est loin d'être exhaustif.
1. « Il faut une prise en charge avant les symptômes » : entretien avec Bruno Dubois, professeur de Neurologie
2. Une lente dégénérescence
3. Attaque sur tous les fronts : Mieux comprendre la protéine Tau ; Rechercher les variants génétiques ; Protéger les neurones ; Moduler les réponses immunitaires ; Améliorer les modèles animaux... |
|  |