[article]
| Titre : |
Dossier : Homo Sapiens, les nouvelles controverses |
| Type de document : |
Article |
| Année de publication : |
2020 |
| Langues : |
Français (fre) |
| Note de contenu : |
Depuis à peu près 40 000 ans, une seule espèce humaine peuple la Terre : la nôtre, Homo sapiens. Nos ancêtres, apparus il y a plus de 300 000 ans, se sont disséminés sur l'ensemble des continents. Jusque dans les années 1990, l'idée d'une évolution spécifique, multirégionaliste, pouvait encore être défendue : les populations modernes seraient directement issues de groupes préhistoriques locaux, enracinés depuis plusieurs centaines de milliers d'années. Les progrès de l'archéologie et de la génétique ont depuis changé la donne. L'évolution humaine n'est pas un phénomène linéaire, mais suit un processus buissonnant. Nos ancêtres ont côtoyé d'autres groupes humains. L'Europe était le territoire de l'homme de Neandertal ; l'Asie, celui des Dénisoviens. Tandis que, sur des zones isolées - comme l'île de Florès, en Indonésie, ou celle de Luçon, aux Philippines -, pouvaient exister des populations uniques aux caractères très particuliers. Toutes ont été remplacées par Homo sapiens qui, originaire d'Afrique, a sans doute profité d'un phénomène climatique favorable (« Sahara vert ») pour s'aventurer d'abord dans la péninsule arabique, puis en Eurasie. Très rares sont ceux qui s'opposent désormais aux grandes lignes de ce schéma.
Un nouveau débat alimente cependant les controverses : existe-t-il un berceau de l'humanité ? Deux zones géographiques ont longtemps tenu le rôle de favori : l'Afrique du Sud et le rift est-africain. Là encore, de récents travaux montrent que le scénario n'est pas aussi simple. Les hommes modernes ne seraient pas originaires d'une seule région d'Afrique, mais l'ensemble du continent aurait joué un rôle d'incubateur. Les analyses génétiques et les preuves archéologiques nous indiquent que la proximité entre différents groupes, qui ont su nouer un réseau d'échanges suffisamment solide et fréquent, a abouti à la constitution d'une espèce homogène. Des populations tantôt en contact, tantôt séparées qui, isolées, vont élaborer des innovations comportementales ou connaître des mutations génétiques favorables. Dans ce buisson de l'évolution, les branches s'entremêlent, se croisent, se séparent, pour finalement ne déboucher que sur une seule lignée.
Pour autant, les échanges et l'évolution ne se sont pas arrêtés il y a 300 000 ans avec l'arrivée d'Homo sapiens. L'étude des génomes anciens et modernes nous apprend que nombre de populations contemporaines ont hérité d'une infime partie du patrimoine génétique d'autres groupes humains, comme Neandertal ou les Dénisoviens. Une proximité génétique qui interroge : plutôt que de parler de disparition, ces groupes ont-ils fini par se confondre ? L'homme moderne n'est-il pas en quelque sorte l'héritier de ces humanités multiples ? Pour d'autres paléontologues, Homo sapiens avait acquis des compétences techniques et cognitives qui lui ont tout simplement donné un avantage décisif sur le plan de la sélection naturelle. Faisant ainsi de notre espèce un groupe si particulier, le seul qui ait su prospérer sur l'ensemble des continents et dont l'avancée se caractérise par l'émergence d'une pensée symbolique unique.
- Quand l'humanité est devenue Sapiens
- « Homo sapiens n'est pas apparu du jour au lendemain »
- Un berceau à l'échelle du continent africain
- Une modernité qui fait débat |
in Recherche (La) > 556 [01/02/2020]
[article] Dossier : Homo Sapiens, les nouvelles controverses [Article] . - 2020. Langues : Français ( fre) in Recherche (La) > 556 [01/02/2020]
| Note de contenu : |
Depuis à peu près 40 000 ans, une seule espèce humaine peuple la Terre : la nôtre, Homo sapiens. Nos ancêtres, apparus il y a plus de 300 000 ans, se sont disséminés sur l'ensemble des continents. Jusque dans les années 1990, l'idée d'une évolution spécifique, multirégionaliste, pouvait encore être défendue : les populations modernes seraient directement issues de groupes préhistoriques locaux, enracinés depuis plusieurs centaines de milliers d'années. Les progrès de l'archéologie et de la génétique ont depuis changé la donne. L'évolution humaine n'est pas un phénomène linéaire, mais suit un processus buissonnant. Nos ancêtres ont côtoyé d'autres groupes humains. L'Europe était le territoire de l'homme de Neandertal ; l'Asie, celui des Dénisoviens. Tandis que, sur des zones isolées - comme l'île de Florès, en Indonésie, ou celle de Luçon, aux Philippines -, pouvaient exister des populations uniques aux caractères très particuliers. Toutes ont été remplacées par Homo sapiens qui, originaire d'Afrique, a sans doute profité d'un phénomène climatique favorable (« Sahara vert ») pour s'aventurer d'abord dans la péninsule arabique, puis en Eurasie. Très rares sont ceux qui s'opposent désormais aux grandes lignes de ce schéma.
Un nouveau débat alimente cependant les controverses : existe-t-il un berceau de l'humanité ? Deux zones géographiques ont longtemps tenu le rôle de favori : l'Afrique du Sud et le rift est-africain. Là encore, de récents travaux montrent que le scénario n'est pas aussi simple. Les hommes modernes ne seraient pas originaires d'une seule région d'Afrique, mais l'ensemble du continent aurait joué un rôle d'incubateur. Les analyses génétiques et les preuves archéologiques nous indiquent que la proximité entre différents groupes, qui ont su nouer un réseau d'échanges suffisamment solide et fréquent, a abouti à la constitution d'une espèce homogène. Des populations tantôt en contact, tantôt séparées qui, isolées, vont élaborer des innovations comportementales ou connaître des mutations génétiques favorables. Dans ce buisson de l'évolution, les branches s'entremêlent, se croisent, se séparent, pour finalement ne déboucher que sur une seule lignée.
Pour autant, les échanges et l'évolution ne se sont pas arrêtés il y a 300 000 ans avec l'arrivée d'Homo sapiens. L'étude des génomes anciens et modernes nous apprend que nombre de populations contemporaines ont hérité d'une infime partie du patrimoine génétique d'autres groupes humains, comme Neandertal ou les Dénisoviens. Une proximité génétique qui interroge : plutôt que de parler de disparition, ces groupes ont-ils fini par se confondre ? L'homme moderne n'est-il pas en quelque sorte l'héritier de ces humanités multiples ? Pour d'autres paléontologues, Homo sapiens avait acquis des compétences techniques et cognitives qui lui ont tout simplement donné un avantage décisif sur le plan de la sélection naturelle. Faisant ainsi de notre espèce un groupe si particulier, le seul qui ait su prospérer sur l'ensemble des continents et dont l'avancée se caractérise par l'émergence d'une pensée symbolique unique.
- Quand l'humanité est devenue Sapiens
- « Homo sapiens n'est pas apparu du jour au lendemain »
- Un berceau à l'échelle du continent africain
- Une modernité qui fait débat |
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